09.10.2007

Paris

ef15f7279dba08d8261437e6311cbb11.jpgVoici un peu plus d'une semaine que je suis rentré, et je remarque que Paris a su survivre en mon absence, c'est scandaleux. Trois mois loin de la capitale, et rien ne semble y avoir changé. J'ai retrouvé avec un plaisir que je n'aurais pas soupçonné alors que mes pieds foulaient encore Montréal, que je n'étais pas pourtant pressé de quitter, mes bâtiments chéris, le Louvre et ma rue, ma chambrette, mon parc Montsouris, Tolbiac, la Cinémathèque et le Rer B. Et mes amis, aussi, qui me manquaient déraisonnablement ; même si je ne les ai pas tous revus - même si je ne vous ai pas tous revus, vous savoir à portée, sur le même continent, foulant presque la même terre, me procure une joie folle.
 
Trois changements seulement sont à noter :
- La boulangerie en bas de chez moi change de propriétaire. J'ai testé leurs nouvelles tartelettes au chocolat, et c'est très décevant. Oh, elles ne sont pas mauvaises, non, mais elles ont pris un air bourgeois que je ne leur connaissais pas ; en place d'une sobre bichromie en poudre de cacao amer, se dressent maintenant sur la surface miroitante et noire comme un lac dans la nuit des brisures de praliné et des fruits entiers. Quelle sophistication ! Quelle décadente mollesse ! On dirait du Ben & Jerry's. Et dire qu'en plus leur prix a augmenté de dix centimes...
- Charal a enfin compris qu'il serait plus judicieux de séparer ses deux pavés en deux barquettes individuelles. Il était temps.
-  La carte UGC illimité est aussi maintenant la carte MK2 illimité. Encore un signe de la déliquescence des moeurs et de la dissolution des valeurs morales : quoi, MK2, la seule grande chaîne de multiplex qui osait parfois diffuser quelques films d'auteurs, coréens, québécois ou lapons, la seule grande chaîne de multiplex qui pouvait raisonnablement être créditée d'élégance, s'associe avec ce monstre d'UGC, cette abomination de version française où se réunissent les porcs qui mangent bruyamment du pop-corn pendant Almodovar ? Las, las, rien ne va plus. Tempus fugit edax rerum, et le parfum des roses d'antan que berçaient les sanglots longs des violons et les charmes monotones de l'automne capricieux.
 
Si au moment de poser le pied sur le sol canadien, j'avais en tête (et aux lèvres, au grand désespoir de mes condisciples) la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, au moment de revoir la Ville Lumière, en revanche, j'avais le fameux "Bonjour Paris !" extrait de Funny Face, chanté par Audrey "chabadoubadou" Hepburn et Fred "je suis vieux et je me tape des minettes" Astaire. Cette vision outre-atlantique est si drôle et croustillante ! J'aurais voulu, moi aussi, pouvoir déambuler "through the Saint-Honoré, do some window shopping in the Rue de la Paix" mais non. Le sort en a décidé autrement. J'ai eu droit, dans le Rer qui me délivrait de l'aéroport, aux accordéonistes massacrant quelques airs italiens melliflus, et, dans la file d'attente au Virgin du Louvre, alors que j'étais sur le point d'acquérir l'Orfeo de Monteverdi par Garrido, à une querelle concernant une place dérobée.
Devant ces spectacles curieux pour qui a déjà vécu quelques temps à Montréal, où tout le monde il est beau et gentil, si si je vous jure, je ne pouvais que soupirer, songeur, "bonjour Paris"...  

07.09.2007

Réflexion

157fcef9c124917415878a69f72ebf78.jpgSi je devais écrire une autobiographie, je me ferais naître en 1886. Car il me semble que ni mes sentiments, ni mes mots ne sont de ce siècle. Allons bon, personne n'écrit plus ainsi ! Personne n'utilise plus tant d'adjectifs, d'adverbes et de contorsions grammaticales ; personne n'utilise plus l'alexandrin classique ou la période avec sérieux ; personne ne se soucie plus d'archaïsmes, d'"iceluy" et de "pardevant" ! Tout cela a une forte odeur de fané, de fleur morte.
De même, personne ne se soucie plus d'idéal ; personne ne croit plus qu'un baiser est une chose sacrée, "une communion ayant un goût de fleur, une façon d'un peu se respirer le coeur" ; personne ne pense plus que l'Art (et c'est à dessein que j'emploie cette majuscule à la noblesse désuète) est la seule vérité et que rien d'autre n'a d'importance.
 
L'esprit de ce temps est à la sobriété, à l'épure, à la froideur. Même le mépris n'est plus que tiède et la haine, molle. On parle d'amour partout, tout le temps, sans cesse ; pas une seule humiliation ne lui est épargnée : les plus ridicules artistes ne se privent pas de chanter ses louanges d'un ton mièvre. Si bien qu'en fait il n'est nulle part. Ou pas où on le pense : la mode est aux "flirts", aux "flash" et aux "kiffs", aux petites relations sans conséquence, aux débuts hésitants ; on ne leur accorde pas d'importance, à ces débuts, il ne faut rien précipiter, il ne faut pas se faire peur... et pourtant, n'est-ce pas là un amour admirable, l'amour d'une idée, l'amour d'un mensonge, admirable car éphémère comme l'ignorance ? N'a-t-il pas besoin de mystère, l'amour, pour naître, de mystère et du désir de le percer ?
Hélas, percer un mystère c'est souvent le faire éclater. Et l'amour, qui s'était patiemment lové autour, se volatilise en même temps. La connaissance est parfois funeste, surtout quand il s'agit de personnes. Mieux vaut s'en bercer d'illusions : si elles n'ont pas la vérité du réel, elles ont la vérité du beau.
 
Et là, je dois filer prendre mon bus pour New York. Ou plutôt, ma diligence.

31.08.2007

Oooooh !

83707395389bfc7911e73cf7faad8681.jpgÀ moins que mes sens m'aient abusé et que les rayons lumineux du jour clair n'aient été déformés par mon cristallin, depuis quelques temps rétif quand il n'est pas soutenu par un verre correctif, je crois avoir croisé ce matin, en me rendant à mon travail, guilleret, l'esprit léger mais le bras alourdi par la sacoche contenant mon ordinateur, qui n'a de portable que le nom, dans la rue Saint-Urbain de Montréal, à la hauteur du Palais des Congrès, non loin de la sortie du métro Place-d'Armes, Rufus Wainwright.
 
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J'ignore quelle somme astronomique me verserait Gala, Paris Match, Closer ou une quelconque autre feuille de chou people pour apprendre qu'il était en train de marcher, qu'il portait un pantalon beige à carreaux et qu'il était accompagné de ce que j'ai cru être une femme, à qui il parlait. Trois informations du plus capital pour tous ses fans enragés.
 
J'ai été étonné par le son de sa voix, si douce dans ses chansons malgré quelques accents rocailleux, et si rocailleuse ce matin lorsqu'elle a frappé mon oreille surprise. De même, sans maquillage, il est nettement moins beau que sur ses photos officielles, aux savants éclairages et sans doute bien retouchées. Encore un mythe qui s'effondre.
  
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J'ai été d'autant plus étonné de le reconnaître que d'ordinaire je ne regarde aucun passant - à tel point que j'ignorerais involontairement François Mitterrand si je le rencontrais à Paris, sur les Champs-Élysées. Sans doute son allure doucement britannique m'a-t-elle fait lever les yeux, par les émanations exotiques et excentriques qu'elle implique.
 
Évidemment, je ne me suis pas pâmé, ce n'est pas comme si j'avais croisé Marcel Proust, mais je suis quand même content, parce que j'aime bien ce qu'il fait. Si tu me lis, d'ailleurs, Rufus, je te fais un gros poutou.